16.03.2009
Réaction dans Marianne
Le président du Conseil général, Jean-Paul Dufrègne, a réagi à un article publié dans l'hebdomadaire Marianne sur l'annonce de la mise en concession de la RCEA. Cette réaction a été publiée dans le dernier numéro (N° 621) de cet hebdomadaire paraissant le samedi.
Voici le texte intégral de la réaction.
La semaine dernière, j’ai lu dans Marianne un article intitulé « Et maintenant, des péages sur les routes nationales ». Il présente l’annonce de la privatisation de la RCEA, la Route Centre Europe Atlantique, qui traverse notre département sur toute sa largeur, comme une fatalité. « Seule concession obtenue par les élus : quelques kilomètres de franchise accordés par le futur concessionnaire », précise même l’article.
Nous avons, dans l’Allier, un point de vue diamétralement opposé. L’annonce de la mise à niveau de cet axe fondamental pour le Bourbonnais a été accueillie comme une victoire et un soulagement par les élus locaux de tous bords, tant ce dossier handicape le développement économique de nos territoires et martyrise nos populations par la dangereuse inadéquation de cette route au trafic qu’elle supporte. Oui, malgré les péages, c’est une bonne nouvelle !
Cela fait plus de quarante ans que l’Allier demande, sollicite, implore la mise à 2x2 voies de la Route Centre Europe Atlantique (RCEA). Nos principaux arguments sont d’ordre démographique, économique et humain.
Sans vouloir polémiquer, parler de la privatisation de cette route comme d’une contrainte relève d’un regard porté depuis Paris et témoigne d’une méconnaissance du dossier.
Je ne veux pas vous abreuver de chiffres, mais voici quelques réalités que vous pourrez constater en venant dans l’Allier.
- Le désenclavement. Notre département, Porte de l’Auvergne, jouit d’une excellente situation géographique centrale. Mais nous ne pouvons en tirer les bénéfices que si les infrastructures sont au même niveau que dans le reste du pays. Pour attirer des entreprises, il nous faut des routes ! Or les trois chantiers des routes nationales, qui incombent à l’Etat, (la RCEA, la Nationale 7 et le contournement de Vichy) ont pris des décennies de retard. Le développement économique passe forcement par une meilleure accessibilité, que ce soit par la route, le train et les réseaux numériques.
- La désertification. L’Allier est un département où les zones urbaines sont en équilibre avec les zones rurales. Nous avons trois agglomérations de taille semblable, Moulins, Montluçon et Vichy, qui réunissent la moitié de la population et l’autre moitié habite dans le milieu rural. Pourtant, le dernier rapport sur le Nouvel espace rural français nous place dans une « demi diagonale aride », parmi les cinq départements qui affichent un déficit démographique entre 1999 et 2006. Le retard dans nos infrastructures routières pèse sur la désertification démographique. La pénurie de médecins qui nous guette n’est qu’une de nombreuses préoccupations de nos populations et des élus locaux qui la représentent.
- La sécurité routière. Les accidents sur la RCEA sont deux fois plus meurtriers que sur les autres nationales, et trois fois plus que sur les autoroutes. Le trafic sur cette route est d’environ 15000 véhicules/jour, dont une moitié de poids lourds. Et en grande partie, il s’agit de voitures qui sont de passage. Lors des réunions publiques que nous avons lancées à l’automne dernier, après notre arrivée à la tête du Conseil général, nous avons pu constater que l’état de ces routes nationales est la première préoccupation de la population de l’Allier. Nous avons donc lancé des actions fortes de protestation, comme l’installation d’affiches géantes exigeant la mise à 2x2 de voies sur le rond point de Montmarault, où se croisent la RCEA et l’A71.
- Le développement durable. Les préoccupations environnementales sont aussi les nôtres. Il ne s’agit pas, ici, de créer de nouvelles infrastructures, mais de terminer la modernisation, engagée il y a des décennies, de ces axes. Des villages traversés par ces routes sont sinistrés. Les nuisances provoquées par un taux de poids lourds de 50% sur le paysage et la population sont aussi à prendre en compte. L’Allier est un territoire où il fait bon vivre. Mais où, encore aujourd’hui, la finalisation d’un chantier routier sont un événement majeur pour des villes et villages (comme à Lamaids ou Lapalisse, par exemple).
Vous comprendrez que, pour nous, dans l’Allier, l’élargissement de ces axes principaux est une exigence primordiale, quelque soit la modalité retenue par l’Etat. Trop de retard a déjà été accumulé.
Je pourrais prendre des dizaines d’exemples d’actions menées pour solliciter la mise à 2x2 voies de ces routes. Je ne vous en cite qu’un : quand le président de la République est venu dans l’Allier, il y a un an, mon prédécesseur lui a demandé d’accélérer ce dossier. Après les élections, une délégation d’élus de tous bords a été reçue à l’Elysée. Et l’annonce de M. Bussereau il y a quelques jours est pour nous l’aboutissement de toutes ces années de lutte.
Vous indiquez dans votre article que les habitants de l’Allier devraient payer deux fois, en tant que contribuables et en tant qu’usagers. C’est faux ! Les tranches réalisées par l’Etat sont payées par les contribuables, et les tranches réalisées par un concessionnaire le sont par les usagers. Pour l’heure, c’est notre collectivité qui paye. Notre principale exigence, dans le cadre d’une mise en concession, est que le cabotage soit gratuit, ce que nous avons obtenu.
J’ajouterai que les habitants de l’Allier ont déjà payé quatre fois, dix fois, vingt fois peut-être !
Nous payons aussi en assumant d’autres chantiers qui incombaient à l’Etat, comme l’engagement de construire la moitié du contournement de Vichy (60M€ c’est, pour nous, six années d’investissements !). Nous payons en mettant en place un service départemental d’archéologie préventive, indispensable pour accélérer les chantiers des routes, qui vient palier le manque de moyens de l’INRAP (Institut national de recherches d’archéologie préventive). Nous payons en octroyant des bourses aux étudiants de troisième cycle en médecine, pour qu’ils viennent s’installer dans l’Allier. Nous payons en soutenant financièrement des entreprises qui arrivent et qui espèrent qu’un jour ou l’autre ces routes seront remises à niveau.
Le plan de relance gouvernemental, où l’on nous annonce que 16M€ seront injectés sur ces routes, dérisoire quand on sait qu’il faudrait 70M€ par an, n’était pas une bonne nouvelle. Mais ne vous méprenez pas, la mise en concession de la RCEA et de l’antenne autoroutière de l’A719 (Gannat-Vichy), ce sont des victoires. Il reste encore beaucoup à faire. Nous ne baissons pas les bras.
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Commentaires
Il ne me semble pas, pour la prendre régulièrement, que la RCEA de Montmarault à Macon traverse un quelconque village...
Ce qui est certain c'est que par des participations croisées, le département de l'Allier, donc ses habitants, ont déjà beaucoup financé la création de cette route nationale (appartenant à l'état) depuis des dizaines d'années.
Je rejoins en partie le point de vue de l'article, avec le péage, les habitants de l'Aliier vont payer une nouvelle fois. Il n'est pas certain que les boucles locales gratuite soient si "généreuses"...il faut bien que le concessionnaire vive et fasse des profits.
De plus, grâce au maintien de ce patrimoine routier dans la besace de l'Etat, aujourd'hui c'est plus d'une centaine d'agents qui travaillent à l'entretien, à l'exploitation et aux études d'amélioration et ces emplois sont basés sur Moulins et le long de l'axe. Qu'en sera-t-il avec la concession ?
Sur la question de la desserte économique du département...je reste dubitatif ! vu les immatriculations qui roulent sur cette RCEA, il semble que ce soit surtout un trafic de transit....qui n'apporte pas grand chose à notre département et qui amène quelques nuisances fortes (pollution de l'air, bruit, ...). L'Allier, comme beaucoup de département ont surtout besoin d'un développement "locale", l'argent englouti dans des routes qui ne sont pas de son ressort pourrait servir au développement économique et à l'aide aux terrotoires.
Il me semble que l'urgence en matière routière et d'équité (pour l'Etat) serait l'aménagement de la RN7 pour qu'enfin il n'y ait plus de villes ou villages traversés (Villeneuve, Bessay, Varennes, ..)
Voilà mes interrogations.
Pour alimenter un débat public réel et non orienté il serait surement souhaitable de le préparer en utilisant des outils d'analyse des projets au regard du développement durable qui ne se confond pas avec le seul environnement...
Le CERTU a mis au point une méthode appelée "RST 02" qui permet une approche exhaustive de tous les domaines du développement durable et qui permet d'éclairer les décideurs en leur permettant de prendre des décisions "en toute responsabilité"
Je reste à votre disposition pour vous donner toutes les précisions et vous présenter cette approche méthodologique.
Bien cordialement
Ecrit par : Bouquet des Chaux Philippe | 03.04.2009
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